Surtourisme ou quand voyage rime avec dommage
Tu n’es pas sans savoir que le monde abrite des milliers d’endroits magnifiques et des lieux empreints d’histoire, seuls témoins de notre passé. Malheureusement, certains de ces sites sont victimes de surtourisme, phénomène causé par la mondialisation, l’accessibilité accrue aux voyages, l’influence des réseaux sociaux, la concentration des visites sur des sites spécifiques et l’émergence du tourisme de masse. Pour s’en préserver, ces sites doivent réguler le flux des vacanciers voire se fermer totalement du public car, bien souvent, les paysages naturels, supportent mal une telle fréquentation.
C’est un véritable fléau, en voie d’expansion depuis ces 10 dernières années notamment, pour lequel nous pouvons tous lutter à notre échelle en adoptant un comportement respectueux et responsable. Chacun de nous a un rôle à jouer pour préserver la beauté et la richesse culturelle de notre monde. Je te propose de te pencher sur 5 de ces sites qui pour la plupart ont mis en place des mesures restrictives assez récentes, mais sache qu’il en existe des dizaines d’autres dans la même situation d’alerte depuis plusieurs années. Et la France n’est pas en reste ! (Paris, le Mont St-Michel, les Calanques de Marseille, Etretat…).
5 destinations menacées par la surfréquentation touristique

#1.Venise (Italie)
Avec 28 millions de visiteurs par an, Venise est asphyxiée par le tourisme de masse. Depuis le 25 avril 2024, les touristes venus visiter La Cité des Doges ont dû s’acquitter d’une taxe de 5 €, afin de limiter le flux. Cette taxe est inédite : Venise est la première ville touristique à imposer un droit d’entrée. L’objectif : freiner la fréquentation de la ville et ainsi éviter l’exode de ses habitants qui ne supporteraient plus d’y vivre. Venise limitait déjà l’accès à sa lagune aux immenses paquebots de croisière, dont les vagues sur leur passage érodent les fondations de la ville et menacent un fragile écosystème, selon les défenseurs de l’environnement et du patrimoine.
Cette taxe, pour pouvoir accéder à la ville entre 8h30 et 16h est payable en ligne et contrôlable via un QR code à télécharger. Elle coûte 3 à 10€ suivant l’affluence. Les touristes passant la nuit à Venise, ainsi que les résidents de la ville et de la Vénétie, les étudiants et les moins de 14 ans en sont exemptés (ils doivent néanmoins réserver gratuitement). Les contrevenants s’exposent à une amende allant de 50 à 300 euros. Pour le moment, il s’agit d’une expérimentation. Le billet d’entrée pour accéder à Venise n’a été requis que sur les jours de forte affluence, soit 29 jours pour l’année 2024. La cité des Doges fait tout pour se préserver du surtourisme et du réchauffement climatique mais les intersaisons sont devenues pleine saison ! A savoir qu’il y a un peu moins de monde en juillet-août (mais grosse chaleur) qu’en mai ou en septembre…

#2.Baie d’Halong (Vietnam)
La Baie d’Halong au Vietnam, tout comme la Tour Eiffel en France, est l’emblème touristique du pays. Cependant, ce joyau naturel est aujourd’hui l’une des principales victimes du tourisme de masse. Les problèmes environnementaux et de sécurité se multiplient, rendant la Baie d’Halong moins attrayante pour les voyageurs soucieux de pratiquer un tourisme responsable et d’explorer des destinations authentiques. Les chiffres sont éloquents : chaque jour, 450 bateaux, dont 250 bateaux-hôtels, sillonnent la baie, accueillant 3 millions de visiteurs internationaux par an, soit environ 7 000 par jour. La pollution par les déchets flottants et le carburant en fait également une préoccupation croissante.
En plus du tourisme, l’industrie du charbon, située au nord de la baie, aggrave la pollution. Les eaux usées, le pétrole, le plomb, l’extraction du charbon, les usines thermiques et les déchets des agglomérations sont déversés sans scrupule dans la mer. Bien que la Baie d’Halong soit d’une beauté époustouflante, il est désolant de voir sa destruction progressive sous l’effet du tourisme de masse. Les autorités locales ne font hélas pas grand-chose face à ces problèmes et cherchent plutôt à développer le tourisme à tout prix avec une vision à court terme…Résultat : elles ont souvent lancé des projets inconsidérés et ont commis de graves erreurs. La Baie d’Halong paie désormais un lourd tribut pour ces décisions malavisées.
#3.Le Mont Fuji (Japon)
Volcan sacré du Japon, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, cette montagne de 3776 m d’altitude, située à environ 3h en train de Tokyo, est le point culminant du pays. La montagne japonaise reconnue pour sa beauté est aujourd’hui victime de son succès et ne cesse de voir le nombre de ses visiteurs augmenter. Le 1er juillet 2024, le Mont Fuji a introduit une taxe de 2000 yens (soit 12 €) pour son ascension par le sentier Yoshida et ce jusqu’au mois de septembre.
La cause : Le comportement des randonneurs jugé irresponsable. En effet, le fait que certaines personnes s’endorment sur le sentier, jettent des déchets ou tentent d’effectuer l’ascension durant la nuit sans se préparer au fait qu’un repos sera nécessaire pose problème, que ce soit pour des raisons de sécurité ou de pollution. Les randonneurs doivent réserver leur montée sur le site officiel et présenter un code 2D qui leur est envoyé suite à leur réservation. La barrière de péage est située à 2300 mètres d’altitude avec un accès interdit entre 16h et 3h du matin. Une limite de 4000 visiteurs par jour a aussi été introduite pour lutter contre la surfréquentation dont souffre ce site mondialement connu.

#4.La Sardaigne (Italie)
Réputée pour ses étendues de sable immaculées, ses montagnes escarpées et ses eaux bleues cristallines, la Sardaigne est un véritable joyau qui depuis quelques temps déjà se retrouve fragilisé par le tourisme de masse. Pour lutter notamment contre le comportement irrespectueux des visiteurs, les autorités ont décidé de prendre des mesures pour préserver son écosystème en imposant des règles strictes durant l’été.
Il est interdit de fumer sur les plages, de ramasser les coquillages ou le sable, de laisser des déchets. Sur la plupart des plages, le parking est payant et il faut un ticket d’entrée. Par exemple, à Punta Molentis, il est limité à 200 places et il faut compter 10 € pour les voitures, 5€ pour les motos et 15€ pour les camping-cars. Pour poser sa serviette sur le sable, il faut débourser entre 1 et 3 € et la plage ne peut accueillir plus de 600 personnes à la fois comme pour une soirée VIP ! Cette jauge d’accueil diffère d’une commune à l’autre en fonction de sa taille.
Ainsi, la plage de La Pelosa au nord de l’île n’accueille que 500 visiteurs à la fois tandis que San Teodoro a, elle, fixé sa jauge à un peu plus de 4700 personnes. Les visiteurs doivent apporter des nattes au lieu de serviettes de plage qui emprisonnent moins de sable. Pour d’autres plages à savoir Cala Coticcio et Cala Brigantina, l’accès est hyper restreint (jauge à 60) et il faut réserver son créneau en ligne. Plusieurs autres plages autour de l’île ne permettent désormais l’accès qu’à un nombre limité de visiteurs (Cala Brandinchi, Lu Impostu, Cala Mariolu…) A savoir : les amendes peuvent aller jusqu’à 3500 €. Les plages restent gratuites pour les enfants de moins de 12 ans et les personnes handicapées.

#5.Binibeca Vell, Minorque (Baléares, Espagne)
Surnommé le Mykonos espagnol, ce petit village de pêcheurs devrait accueillir cette année un million de visiteurs, beaucoup trop pour ses habitants qui dénoncent un comportement parfois déplacé. Je dois dire que ce village offre un décor idyllique avec ses ruelles étroites, son amas de maisonnettes blanches posées sur des roches en bord de mer, son port et ses petits bateaux de pêcheurs. Mais là encore, le touriste manque d’éducation et ne respecte pas les lieux à plusieurs niveaux. Des mesures ont donc été prises : certaines ruelles sont fermées le matin jusqu’à 11h et le soir à partir de 20h et le nombre de bus transportant les touristes a été réduit de moitié.
Sur le site du village des avertissements sont formulés. Les visiteurs sont priés de s’abstenir « d’entrer dans les maisons » et de « grimper sur les balcons ». À l’appui, des photos montrant un touriste allongé sur un escalier et un autre assis sur la chaise d’un habitant. Les propriétaires de Binibeca Vell doivent se réunir ce mois-ci pour décider si les restrictions des visites ont été suffisantes où s’ils interdisent définitivement l’accès au village…
